Principaux enseignements du stage de Clément DESSALCES chez Renault sur la qualité Logistique des fournisseurs

Diplômé de l’École Centrale de Lille en Génie Industriel, j’ai effectué mon stage de fin d’études à la Direction de la Logistique de Renault, sur un projet de sécurisation des approvisionnements des fournisseurs.

L’objectif du stage était d’évaluer le risque logistique sur une cinquantaine de nouveaux sites fournisseurs, qui n’avaient jamais travaillé avec Renault. Global MMOG/LE s’est imposé rapidement comme l’outil qu’il fallait pour évaluer ce risque et corriger les défauts des fournisseurs. En effet, il avait deux avantages majeurs :

  • Pas d’intervention directe sur les sites de production des fournisseurs (audits)
  • Renault reste indépendant du plan de progrès du fournisseur, tout en l’accompagnant dans celui-ci.

Mission

Ma mission était donc de coordonner Global MMOG/LE sur les sites fournisseurs, et de les accompagner dans cette démarche. Je procédais en général de la manière suivante :
  • Premier contact avec le responsable logistique du site.
  • Explication du principe de Global Evalog et des attentes de Renault, en informant un maximum de personnes (Resp. Logistique Site, Logisticien Central, Directeur du Site, Chef de projet…).
  • Mise en place d’un planning et des responsables de Global Evalog.
  • Contacts réguliers avec les responsables pour suivre l’évolution.
  • Réception de l’autoévaluation, puis du plan d’action.
  • Analyse et suites à donner.
Les suites à donner étaient différentes selon les fournisseurs. En effet il y avait 2 critères d’évaluation :

  Global Evalog

Note
Résultats et
Plan d’action cohérents
Résultats et/ou
Plan d’Actions inconsistants

C

1) Fournisseur à risque, les actions doivent être suivies avec attention

3) Global Evalog n’est pas exploitable, on n’a pas d’information sur le niveau de risque de ce fournisseur. Le fournisseur s’est mal évalué (le plus souvent, il est surévalué

A ou B

2) Niveau de risque moins élevé, un suivi ponctuel est suffisant


Dans le cas 3), des missions d’une journée peuvent être organisées chez les fournisseurs, afin de pouvoir évaluer le risque logistique, et de mettre en place les actions correctives aux défauts identifiés. En quelque sorte, il s’agissait de faire un Global Evalog « allégé » sur le site audité.

Au cours de ces missions, justement, nous nous basons sur le chapitre 1 de Global Evalog. En effet, ce chapitre porte sur la « Stratégie Logistique (Vision et Politique) et l’Amélioration (L-KPIs, Progrès Continu) », qui permettent d’avoir une bonne opinion sur l’organisation logistique théorique du site. Ce chapitre 1 est généralement balayé en salle. S’en suit une visite sur le site de production, qui permet de vérifier les points abordés auparavant, ainsi que de voir quelle est la véritable organisation logistique du site.


Enseignements

D’un point de vue personnel, c’est toujours extrêmement enrichissant de visiter de nouveaux sites de production, dans des domaines éclectiques, moi qui me suis spécialisé en 3ème année en systèmes de production. C’est à chaque fois une organisation logistique différente, un nouveau système de production, j’apprenais toujours beaucoup de choses !
J’ai aussi beaucoup appris, au cours de ces missions, sur la qualité logistique. Elles ont vraiment complété mon initiation, et même si je ne me sens pas capable de mener une mission tout seul, je suis bien plus à l’aise avec le sujet, et capable de participer activement aux débats. Cela m’a permis de voir concrètement ce qu’il y avait derrière Global Evalog et la qualité logistique.

Enfin, j’ai pu découvrir certaines techniques d’audit, comment obtenir l’information recherchée, comment progresser dans la recherche, etc.…


Professionnellement, j’ai maintenant un autre regard sur Global Evalog :

C’est un outil important et intéressant en théorie :
  • Il implique tout le site, ainsi que sa direction.
  • C’est un outil de progrès en logistique
  • Enfin, c’est un standard mondial, gratuit
Mais il demande la mise en œuvre de moyens :
  • La formation dure plusieurs jours.
  • La mise en place se rapproche de la philosophie TPM :
    • Global Evalog est continu dans le temps.
    • Son autoévaluation comporte beaucoup de questions.
    • Il demande la participation de tout le monde.
    • Il se déroule sur le terrain, au contact des opérationnels, d’où la nécessité qu’il soit piloté par le responsable logistique.
  • L’investissement requis pour faire Global Evalog demande donc une implication totale du site.
  • L’évaluation est sévère encourage la surévaluation. Il est cependant nécessaire qu’elle soit sévère, pour pouvoir identifier les progrès à faire.
Enfin, tout repose sur la motivation du fournisseur :
  • Peu de moyen de pression (pas d’exigence contractuelle).
  • Pas de vérification sur les données du fournisseur (sauf par audit).
  • Le fournisseur progresse comme il veut.
En conclusion, Global Evalog est un outil d’avenir, mais il n’est pas encore assez répandu, et manque souvent de considération du fait de sa faible renommée. Par conséquent, j’ai souvent reçu des autoévaluations surévaluées, faites sans intérêt par le site, avec des plans d’actions incomplet, ce qui provoquait la réalisation d’une mission sur le site.


Suggestions

Comment faire dès lors pour que Global Evalog soit réellement utilisé comme un outil de progrès par les fournisseurs ?

Selon moi, on ne devrait pas commencer Global Evalog sans avoir suivi la formation. Bien que le principe d’utilisation soit simple, la philosophie de l’outil n’est que trop rarement comprise et la conséquence est une autoévaluation surestimée.

C’est n’est pas un problème de forme qui l’induit, mais bien de fond. Bien que j’ai insisté plusieurs fois sur l’intérêt d’être le plus objectif possible, et sur le fait que seul le progrès est essentiel. Malgré cela, beaucoup de fournisseurs n’ayant pas assisté à la formation, n’ont pas compris que c’était l’état d’arrivée de l’organisation logistique qui importait, et non pas l’état de départ.

Pour réussir à ce que Global Evalog soit utilisé comme outil de progrès, il faut faire prendre conscience au fournisseur qu’ils ont des progrès à faire. C’est pourquoi nous avons créé une fiche de renseignements destinée aux fournisseurs. Le but de cette fiche est d’apporter des précisions sur ce que nous avons identifié comme « points clés » de Global Evalog, suite aux missions.

Ce sont les critères qui sont le plus souvent surestimés :
  • Stratégie
  • Indicateurs
  • Organisation du site
  • Technologies Informatiques
Ce document, actuellement en phase de test avec quelques fournisseurs, permettra d’avoir une meilleure vision sur l’organisation logistique du fournisseur et de lui montrer pourquoi il a eu tort de valider tel ou tel critère, si c’est le cas.

Personnellement, je pense qu’on ne peut pas se reposer seulement sur Global Evalog pour juger un fournisseur : il doit être associé avec d’autres paramètres. Néanmoins, je pense qu’il est utile de l’introduire dès maintenant, une sorte de pari sur l’avenir, lorsque cette démarche sera mondialement répandue.

Je conseillerais à tous les acteurs de l’industrie automobile de faire ce pari, pour être opérationnel quand Global Evalog sera plus déployé dans le monde automobile. Car Global Evalog, avec le soutien mondial dont il dispose, deviendra avec certitude un outil largement utilisé.


Clément Dessalces

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